Carnet de bord

Olivier Quesson - Orange Business Services

Interview d’Olivier Quesson, Directeur commercial Orange Business Services Russie

Alexandre Joao (CCIFR): Bonjour M. Quesson ! Et merci de m’accueillir chez vous. Pouvez-vous pour commencer vous présenter en quelques mots et nous expliquer comment vous êtes arrivé en Russie ?

Olivier Quesson : Avec plaisir… Je travaille chez Orange depuis une petite dizaine d’années où j’ai occupé différents postes à vocation commerciale, dans un premier temps en France. J’ai été Directeur des ventes et Directeur régional, avant de passer à l’international.

Avant de partir pour la Russie, j’étais responsable de la transformation des organisations commerciales grands comptes et de l’amélioration de l’efficacité commerciale dans nos filiales. J’étais basé à Paris mais avec mon équipe de consultants, je passais chaque mois au moins trois semaines à l’étranger au sein de nos filiales… J’étais en parallèle executive sponsor pour Orange Business Services Russie, en pratique la fonction consistait à faciliter les relations entre notre filiale sur place et le groupe en fournissant les supports adaptés, en envoyant les bons experts sur place et en pilotant les différentes transformations…

Cela m’amenait à me déplacer environ tous les deux mois en Russie, pour superviser la partie vente et toutes les autres missions de notre filiale russe. L’expatriation était pour moi un vieux rêve et après 5 ans de consulting, je me suis dit qu’il était temps de le réaliser. Mes enfants avaient déjà 8 ans et 11 ans, c’était le bon moment pour sauter le pas ! Et puis pour moi c’était aussi un challenge intéressant, une aventure familiale et professionnelle et une étape importante dans ma carrière : j’ai donc dit oui assez rapidement lorsqu’on m’a proposé ce poste de directeur commercial Russie.

AJ : Pas d’appréhensions ou de craintes avant de vous installer en Russie ?

Oui et non ! Ce n’était pas non plus un saut dans l’inconnu, j’y avais déjà passé du temps dans le cadre de mes missions précédentes, même si bien sûr ce n’est pas la même chose…Lorsqu’on arrive, on a son petit hôtel à côté, un chauffeur, un planning bien défini…c’est une sorte de bulle de confort. L’expatriation avec mon épouse et mes enfants, c’est autre chose. Après oui, dans l’esprit des gens la Russie n’est pas forcément l’expatriation la plus simple à appréhender, mais au quotidien, et surtout pour ma famille, on a trouvé à Moscou une vraie qualité de vie. Mes enfants aiment cette nouvelle vie, leur école, leurs amis… Mon épouse a fait beaucoup de nouvelles rencontres : dans l’ensemble l’expérience est bénéfique pour tout le monde ! On a appris à aimer la Russie, ses bons côtés comme ses côtés plus durs, ce n’est pas toujours simple mais quand on y est soi-même, notre perception du pays évolue forcément beaucoup. Quand on discute avec des amis français, ma femme et moi ne disons que du bien de notre vie à Moscou, les gens sont souvent encore assez surpris ! Je leur explique qu’il y des milliards de choses à faire chaque week-end…Bon, oui pour les Russes le sourire ne vient pas naturellement dans la rue, ceci dit le métro parisien n’est pas si différent sur ce plan…Et puis une fois que le contact est établi, les Russes sont en général sympathiques. Bien sûr il faut s’adapter, quand on fait ses courses le samedi matin au supermarché dans une foule énorme, on se fait bousculer, c’est inévitable…

AJ : Et quel aspect de la vie Moscovite appréciez-vous le plus ?

Sans hésiter, le fait que tout soit disponible 24 heures sur 24 ! Quand on va rentrer en France, un jour, ça va surement être compliqué ! Ici, on peut manger à n’importe quelle heure, ça permet d’avoir des journées plus denses, de faire davantage de choses. Je ne fais pas encore mes courses chez Leroy Merlin à 3 heures du matin comme certains mais je trouve très bien d’avoir cette possibilité…Après l’inconvénient si l’on peut dire, c’est que Moscou est une ville qui pompe vraiment beaucoup d’énergie, le rythme de vie est très rapide ! Mais ça fait partie des règles du jeu, il faut de l’endurance pour vivre ici. Et c’est tres bien comme cela.

Sur un autre plan, ce que j’apprécie beaucoup en Russie, c’est que lorsqu’on pousse la discussion, qu’on fait des efforts, les gens s’ouvrent très facilement. Au niveau de la langue par exemple, quand on essaye de parler un peu le russe, qu’on montre sa bonne volonté, les sourires apparaissent et on vous aide très sincèrement. Moi qui ai vécu à Lyon et à Bordeaux, c’est presque plus compliqué : les gens sont parfois plus fermés là-bas qu’à Moscou.

AJ : Qu’est-ce qui vous manque le plus par rapport à la France ?

Il y a six mois j’aurais dit du bon pain, mais plus maintenant. Ma baguette et mes croissants me manquaient beaucoup mais j’ai fini par trouver du pain de qualité, il ne reste que les croissants… Après, la France me manque certainement un petit peu oui, et puis la mer, le soleil sans doute aussi (je vivais a Bordeaux !), surtout l’hiver. Heureusement les sentiments positifs que j’éprouve tous les jours ici compensent largement. Et puis pour le soleil, on peut toujours partir en vacances…

AJ : D’après votre expérience, diriez-vous qu’il est facile de travailler avec les Russes ?

Bonne question ! Oui et non… Oui parce que les Russes sont extrêmement professionnels, appliqués, avec un niveau d’éducation assez impressionnant. Il y a une culture scientifique très forte. Après, il y a aussi des différences avec les modes de fonctionnement occidentaux. La culture du projet par exemple, n’est pas vraiment présente. Ca implique qu’il y a tout un travail de management à faire assez régulièrement : l’idée du résultat à atteindre est là, mais la question du "comment faire pour l’obtenir" n’est pas vraiment ancrée dans les esprits. C’est d’ailleurs pour ça que l’on fait souvent appel à des expatriés pour mettre en place ce type de méthodes transversales et collaboratives.

Après en termes d’envie et d’enthousiasme c’est très positif, il y a une volonté de bien faire et beaucoup de professionnalisme : Il faut juste développer ces nouvelles façons de faire travailler ensemble ces talents.

AJ : Et est-il simple d’instaurer une relation de confiance avec vos interlocuteurs, clients, partenaires ?

Dans un job commercial, je dirais que le fait d’être un expatrié est à la fois un plus et un challenge. Pour une société internationale et globale comme la nôtre, ça permet d’apporter une vision et un discours complémentaires par rapport au reste de nos équipes. C’est aussi un défi parce qu’il y a toujours un scepticisme au premier abord : on est testé en permanence, à nous de faire nos preuves. Bien évidemment, pour maximiser l’efficacité mon équipe et moi, nous définissons en interne les personnes à rencontrer en fonction des besoins : chacun a ses interlocuteurs désignés.

AJ : Est-ce que vos interlocuteurs russes ont des exigences particulières ?

Non pas spécialement ! Dans le domaine de la vente beaucoup dépend des relations personnelles. D’autant plus en Russie, où on est loyal à une personne avant d’être loyal à une société. Mais j’ai beaucoup travaillé au Maroc et en Egypte, et c’était globalement la même chose : les relations personnelles étaient au centre de tout. N’oublions pas qu’au final le business reste une histoire humaine, même si tout le processus décisionnel est extrêmement encadré, la conclusion est souvent aussi une décision émotionnelle entre deux personnes. Mais cette décision ne vient pas de nulle part, il y a des règles : nous sommes épaulés par notre service juridique et Orange Business Services a mis en place une politique anticorruption très stricte. Cela dit il ne faut pas croire que ce soit particulier à la Russie : c’est la même chose pour nos activités en Europe, en Afrique…Nous avons une politique intransigeante sur ce plan, ce qui nous permet de remporter des contrats.

AJ : Sur un terrain plus personnel…Quel est votre meilleur souvenir professionnel depuis votre arrivée en Russie il y a un an ?

Je dirais la manière dont notre équipe s’est battue pour clôturer l’année. Nous avons des objectifs ambitieux en termes de croissance : notre siège à Paris attend beaucoup de la Russie. Étant donné que pour Orange comme pour les autres la conjecture mondiale n’est pas simple, le groupe mise beaucoup sur la Russie dans sa stratégie de croissance, et ceci malgré les derniers événements… Notre équipe a vraiment fait de gros efforts pour tenir ses objectifs, il y avait un véritable esprit collectif, une envie de réussir ce challenge. Jusqu’au 31 décembre, tout le monde s’est vraiment battu pour boucler l’année. Une telle réussite collective, c’est une belle expérience pour un manager.

AJ : Et votre pire souvenir ?

Rien de bien méchant… -Pas de tracasseries administratives ?

-Si bien sûr, mais ça fait partie des aléas de la vie !

AJ : Parlons de votre journée de travail…Qu’est-ce que vous faites en premier en arrivant à votre bureau ?

Je signe les contrats de la veille, avec un café ! J’arrive à 7h30, ça me laisse une bonne heure et demie de calme dans mon bureau, le reste du temps entre les réunions, les rendez-vous clients et la gestion des équipes, je n’ai pas de temps…

Notre semaine est assez organisée, le lundi on regarde les résultats de la semaine précédente et les correctifs à appliquer, mardi-mercredi-jeudi ce sont les rendez-vous clients et les réunions en interne et le vendredi aussi est consacré aux questions internes sur différents points…En général, ma journée se termine vers 20 heures. Mais commence alors la deuxième journée après une pause d’une heure et demie en famille : je m’occupe de tous les mails que je n’ai pas eu le temps de lire dans la journée. Il faut dire que le temps passe très vite mais je n’ai pas du tout le sentiment d’en manquer…Il faut dire que je fais aussi beaucoup de choses pendant les week-ends. Activités sportives pour les enfants, des visites…j’ai dû par contre sacrifier les grasses matinées.

AJ : Est-ce que vous avez un endroit préféré à Moscou ?

C’est une réponse convenue mais la Place Rouge restera pour moi toujours quelque chose de mythique, de romantique et de beau, surtout avec un coucher de soleil derrière la basilique… On l’a tous vu des centaines de fois, à la télévision ou sur des cartes postales, mais le fait d’y être soi-même, c’est assez magique. Après, il y a à Moscou tellement de lieux improbables…Il y a 3 semaines, on a amené notre fils à une fête d’anniversaire d’un copain de son école, c’était une après-midi paint-ball… C’était tout près du parc Gorki, dans un endroit complètement dévasté, avec, abandonné au milieu de nulle part, ce centre de paint-ball…C’est aussi ça Moscou, une juxtaposition d’éléments extraordinaires dans des endroits vraiment insolites, il suffit de pousser quelques portes pour tomber dessus. Pour vraiment découvrir la Russie, il faut sortir des circuits balisés, regarder derrière la façade et là, les surprises sont au rendez-vous !