Andreï Filatov: "Forbes me surestime"

<p>En f&eacute;vrier 2014, un homme figurant dans le classement Forbes a pris la t&ecirc;te de la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs. Apr&egrave;s un temps d&rsquo;attente, nous nous sommes invit&eacute;s chez Andre&iuml; Filatov, 43 ans, afin de nous entretenir avec lui.</p>
<p>Le milliardaire nous a propos&eacute; de nous rencontrer sur le boulevard Gogolevski, dans le Mus&eacute;e des &eacute;checs dont il a financ&eacute; la restauration.&nbsp;</p>
<p>En regardant autour de nous, une question a surgi :</p>
<p>&ndash;<strong> Dans quel objet expos&eacute; ici trouvez-vous une &eacute;nergie particuli&egrave;re ?</strong><br />
&ndash; C&rsquo;est dommage, le casier derri&egrave;re vous est ferm&eacute;. Il contient le jeu d&rsquo;&eacute;checs d&rsquo;Alekhine. Lors de l'ouverture du mus&eacute;e, Valentin Lyskovtsev est venu et il l&rsquo;a offert en disant &quot;C&rsquo;&eacute;tait son dernier jeu. En quittant la Russie, Alekhine l&rsquo;avait remis &agrave; mon grand-p&egrave;re.&quot;</p>
<p>&ndash;<strong> Un jeu de voyage, dans une bo&icirc;te en fer ?</strong><br />
&ndash; Non, non. Je lui ai demand&eacute; comment ces &eacute;checs s&rsquo;&eacute;taient retrouv&eacute;s en possession de son grand-p&egrave;re. Il m&rsquo;a r&eacute;pondu : &quot;Nous vivions sur le m&ecirc;me palier. Ici &agrave; telle adresse. Alekhine nous a m&ecirc;me laiss&eacute; des meubles...&quot;</p>
<p>&ndash;<strong> Combien un tel jeu d&rsquo;&eacute;checs co&ucirc;terait-il ?</strong><br />
&ndash; Pour un joueur d&rsquo;&eacute;checs, cela n&rsquo;a pas de prix, et il a d&rsquo;ailleurs &eacute;t&eacute; offert gratuitement au mus&eacute;e. Il d&eacute;gage une &eacute;nergie fantastique.</p>
<p>&ndash;<strong> Quels objets li&eacute;s aux &eacute;checs avez-vous cherch&eacute; &agrave; obtenir, en vain ?</strong><br />
&ndash; Je ne vise rien pour le moment. Mais &ccedil;a ne co&ucirc;te rien de r&ecirc;ver. Par exemple, la collection tout &agrave; fait unique d&rsquo;Anatoli Karpov.</p>
<p>&ndash;<strong> Parlez-vous des collections de jeux d&rsquo;&eacute;checs ?</strong><br />
&ndash; Et des timbres consacr&eacute;s aux &eacute;checs.</p>
<p>&ndash;<strong> En avez-vous parl&eacute; avec lui ?</strong><br />
&ndash; Non. Mais qui sait, peut-&ecirc;tre qu&rsquo;un jour ou l&rsquo;autre... La collection de Karpov serait du plus bel effet dans n&rsquo;importe quel mus&eacute;e.</p>
<p>&ndash;<strong> Les rencontres les plus curieuses de votre vie avec de grands joueurs ?</strong><br />
&ndash; Je suis all&eacute; &agrave; un tournoi &agrave; Podolsk pour soutenir mon camarade d&rsquo;universit&eacute; Ilya Smirine. Il jouait contre Mikha&iuml;l Tal. Et Tal n&rsquo;avait pas de cigarettes !</p>
<p><strong>&ndash; Et alors ?</strong><br />
&ndash; Tout au long de la partie, je lui ai offert les miennes, et on a discut&eacute; de la fa&ccedil;on dont Ilya jouait aux &eacute;checs. Nous avons convenu que ce n&rsquo;&eacute;tait pas mal. Mais Tal a gagn&eacute;. Ce n&rsquo;&eacute;tait pas longtemps avant sa mort. On sentait qu&rsquo;il &eacute;tait tr&egrave;s malade.</p>
<p><strong>&ndash; Vous fumez toujours ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai arr&ecirc;t&eacute; il y a plus de vingt ans.</p>
<p><strong>&ndash; Vous avez solennellement d&eacute;cid&eacute; de vous arr&ecirc;ter ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai fait un pari avec un ami.</p>
<p><strong>&ndash; Avez-vous parfois eu envie de recommencer &agrave; fumer?</strong><br />
&ndash; Lorsque l&rsquo;on boit de l'alcool ou du caf&eacute;, on a toujours envie d&rsquo;une cigarette. Mais je me retiens.</p>
<p><strong>&ndash; Et si vous aviez l&rsquo;occasion de rencontrer n&rsquo;importe quel joueur d&rsquo;&eacute;checs du pass&eacute;, qui choisiriez-vous ?</strong><br />
&ndash; Alekhine, bien s&ucirc;r. J&rsquo;ai beaucoup pens&eacute; &agrave; lui. Et plus tu penses, plus il y a de questions qui surgissent. Entretenait-il des relations avec les services secrets sovi&eacute;tiques ? Et si oui, quelle &eacute;tait leur nature ?</p>
<p><strong>&ndash; Votre version?</strong><br />
&ndash; Je suppose que ces relations &eacute;taient tr&egrave;s s&eacute;rieuses. Alekhine &eacute;tait un homme courageux. A cause de son c&oelig;ur, il n&rsquo;avait pas &eacute;t&eacute; pris dans l'arm&eacute;e. Il s&rsquo;est malgr&eacute; tout port&eacute; volontaire comme infirmier et il a particip&eacute; &agrave; la Premi&egrave;re Guerre mondiale, il a re&ccedil;u l'Ordre de Stanislav, deux m&eacute;dailles.</p>
<p>En outre c&rsquo;&eacute;tait le petit-fils de l'un des hommes les plus riches du pays : Prokhorov, qui poss&eacute;dait la manufacture Trekhgorna&iuml;a. Son p&egrave;re &eacute;tait un homme opulent de la province de Voronej, mais il a pris parti pour la R&eacute;volution. Sa famille a activement coop&eacute;r&eacute; avec les bolch&eacute;viques. Alekhine s&rsquo;est mari&eacute; avec une compagnonne de route de L&eacute;nine, une citoyenne suisse, gr&acirc;ce &agrave; laquelle ils ont quitt&eacute; le pays. Il &eacute;tait traducteur pour le Komintern. Or qu&rsquo;est-ce que le Komintern ?</p>
<p><strong>&ndash; Quoi donc ?</strong><br />
&ndash; Une puissante organisation terroriste r&eacute;volutionnaire. En Russie, son fr&egrave;re et sa s&oelig;ur &eacute;taient rest&eacute;s otages des autorit&eacute;s. Ils n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; victimes des r&eacute;pressions. Un autre point : les amateurs d'&eacute;checs ont ensuite &eacute;t&eacute; &eacute;troitement li&eacute;s aux services de renseignement. Alekhine &eacute;tait membre d'un club aux c&ocirc;t&eacute;s du l&eacute;gendaire Rudolf Abel. Savez-vous qui a &eacute;crit un livre sur le champion apr&egrave;s sa mort ?</p>
<p><strong>&ndash; Qui &ccedil;a ?</strong><br />
&ndash;Le grand ma&icirc;tre Hugh Alexander. Alekhine en parlait comme de son ma&icirc;tre. Hugh Alexander &eacute;tait l&rsquo;un des membres les plus secrets du renseignement britannique. Cryptanalyste et chef du projet Enigma, il d&eacute;chiffrait les codes secrets allemands.</p>
<p>&ndash;<strong> La mort d&rsquo;Alekhine rec&egrave;le-t-elle un myst&egrave;re, selon vous ?</strong><br />
&ndash; Je pense qu&rsquo;elle &eacute;tait naturelle. C&rsquo;&eacute;tait une &eacute;poque difficile : beaucoup de stress, d&rsquo;&eacute;motions ... La vie &eacute;tait dure et on avait faim. Peu de gens s&rsquo;int&eacute;ressaient aux &eacute;checs.</p>
<p><strong>&ndash; Le vieux monument sur sa tombe, en France, a-t-il &eacute;t&eacute; restaur&eacute; avec votre argent ? Ou en a-t-on r&eacute;alis&eacute; un nouveau?</strong><br />
&ndash; Un arbre &eacute;tait tomb&eacute;, cela avait fissur&eacute; la dalle. L&rsquo;ancien monument ne pouvait pas &ecirc;tre restaur&eacute;. Nous en avons donc install&eacute; une copie conforme.</p>
<p><strong>&ndash; La derni&egrave;re chose que vous avez d&eacute;couverte sur sa vie ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai lu quelque chose au sujet d'une conversation avec Paul Keres lors d&rsquo;un tournoi &agrave; Salzbourg en 1942. Il a demand&eacute; &agrave; Alekhine : &quot;Qu'est-ce que nous allons devenir quand la guerre sera finie?&quot;</p>
<p><strong>&ndash; Qu&rsquo;a-t-il r&eacute;pondu ?</strong><br />
&ndash; &quot;Le r&eacute;sultat de la guerre est &eacute;vident : les Allemands vont perdre. Alors on se rappellera de tous nos exploits&quot;. Il lui a recommand&eacute; de quitter le pays &agrave; la premi&egrave;re occasion. Mais Keres a rat&eacute; le bateau et est tomb&eacute; entre les mains du NKVD, ils ont dit qu'il devrait aider Mikha&iuml;l Botvinnik &agrave; pr&eacute;parer le tournoi pour le titre de champion du monde. C&rsquo;est ce qui l&rsquo;a sauv&eacute;.</p>
<p><strong>&ndash; Avec quelles personnes int&eacute;ressantes les &eacute;checs vous ont-ils permis de faire connaissance au cours de l&rsquo;ann&eacute;e pass&eacute;e, en tant que pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration russe ?</strong><br />
&ndash; C&rsquo;&eacute;tait aux Jeux olympiques de Troms&oslash;. Un membre de la FIDE, dont je ne me souviens pas du nom. Il &eacute;tait sourd de naissance, un Am&eacute;ricain d'origine ouzb&egrave;ke. Il a appris quatre langues. Sans rien entendre, il lit sur les l&egrave;vres. Il est financier &agrave; Wall Street. Il m&rsquo;a dit : &quot;Dans ma vie, je n&rsquo;ai rat&eacute; qu&rsquo;une seule journ&eacute;e de travail. C&rsquo;&eacute;tait le 11 septembre, et tous mes coll&egrave;gues de bureau sont morts. Je me suis longtemps demand&eacute; pourquoi Dieu m&rsquo;avait gard&eacute; en vie. Peut-&ecirc;tre &eacute;tait-ce pour que j&rsquo;aide d&rsquo;autres personnes handicap&eacute;es ?&quot;. Cet homme se d&eacute;m&egrave;ne pour qu&rsquo;une &eacute;preuve d&rsquo;&eacute;checs soit incluse dans les Jeux paralympiques.</p>
<p><strong>&ndash; Y a-t-il eu des situations o&ugrave; le Seigneur vous a prot&eacute;g&eacute;?</strong><br />
&ndash; En neuvi&egrave;me classe, je suis pass&eacute; &agrave; travers la glace et suis tomb&eacute; dans le Dniepr. On marchait avec un ami sur la berge, c&rsquo;&eacute;tait &agrave; la tomb&eacute;e de la nuit, et on discutait de l'avenir. Il faisait particuli&egrave;rement froid ce jour-l&agrave;, moins 20. J&rsquo;ai soudain pens&eacute; : et si je marchais sur le Dniepr, sur la glace ? Quand pourra-t-on encore le faire ? Allons-y !</p>
<p><strong>&ndash; Le Dniepr n&rsquo;&eacute;tait pas gel&eacute;, par un tel froid ?</strong><br />
&ndash; Il &eacute;tait pris dans les glaces. Mais il y avait les rejets des usines. Un courant chaud. La berge &eacute;tait &agrave; une cinquantaine de m&egrave;tres. J&rsquo;ai fait un pas en avant, et je suis tomb&eacute; dans l'eau.</p>
<p><strong>&ndash; Et votre camarade ?</strong><br />
&ndash; Il s&rsquo;est dirig&eacute; vers moi et a failli tomber, lui aussi. Il a ramp&eacute; en arri&egrave;re. La glace &eacute;tait bris&eacute;e, fragile. Quand on marchait dessus, on ne pouvait pas comprendre pourquoi elle craquait comme &ccedil;a. La cro&ucirc;te de neige se fissurait-elle ? Quand je suis sorti de l'eau, j&rsquo;ai tout de suite compris qu&rsquo;il y avait deux options : aller vers l'avant, en brisant la glace. Ou aller vers l'arri&egrave;re, en rampant dans le noir tout le long du Dniepr.</p>
<p><strong>&ndash; Vous avez ramp&eacute; longtemps ?</strong><br />
&ndash; Deux heures. Ironie du sort, je n&rsquo;avais m&ecirc;me pas froid. Au contraire, je transpirais &agrave; grosses gouttes. Je n&rsquo;ai m&ecirc;me pas attrap&eacute; un rhume. Mon ami est aujourd'hui un partenaire en affaires.</p>
<p><strong>&ndash; Vos quatre heures de discussion avec Kirsan Ilioumjinov vous ont marqu&eacute;es. En quoi vous a-t-il &eacute;tonn&eacute; ?</strong><br />
&ndash; Par une histoire portant sur la fa&ccedil;on dont il est intervenu devant des bouddhistes en Inde. Il a partag&eacute; son exp&eacute;rience des &eacute;checs et sa vision religieuse. Un million de personnes s&rsquo;&eacute;taient rassembl&eacute;es dans un stade pour l&rsquo;&eacute;couter. J&rsquo;ai du mal &agrave; imaginer &agrave; quoi &ccedil;a ressemblait. Ilioumjinovdit toujours ce qu'il pense, il est d&rsquo;une sinc&eacute;rit&eacute; exceptionnelle.</p>
<p><strong>&ndash; Le personnage le plus &eacute;tonnant dans le monde des &eacute;checs ?</strong><br />
&ndash; Peut-&ecirc;tre Vassili Ivantchouk. On m'a dit qu'il avait appris la langue turque en trois jours. &Agrave; la t&eacute;l&eacute;vision locale, il donnait des conf&eacute;rences sans interpr&egrave;te. Il a enseign&eacute; les &eacute;checs. Aux Jeux olympiques de Troms&oslash;, Vassili n&rsquo;arrivait pas &agrave; jouer, il &eacute;tait terriblement inquiet. Pourtant, avec une telle exp&eacute;rience, on pourrait penser qu&rsquo;il r&eacute;agirait avec plus de sang-froid &agrave; l&rsquo;&eacute;chec.</p>
<p><strong>&ndash; Un personnage du monde des &eacute;checs qui vous a frapp&eacute; par sa m&eacute;moire ?</strong><br />
&ndash; Smirine. Il conna&icirc;t par c&oelig;ur des centaines de chansons de Vizbora et de Vladimir Vyssotski. Uniquement le texte, il ne chante pas. Karpov a une m&eacute;moire ph&eacute;nom&eacute;nale. Il me fascine par sa personnalit&eacute;. Il traite chaque affaire avec un sens des responsabilit&eacute;s incroyable. Et c&rsquo;est un collectionneur exceptionnel !</p>
<p><strong>&ndash; Vous rappelez-vous de l&rsquo;une de ses histoires ?</strong><br />
&ndash; Oui, au sujet de la Garde blanche de la Crim&eacute;e. On y imprimait des timbres et des cartes postales qui &eacute;taient accept&eacute;es dans le monde entier. Ils se trouvent dans la collection Karpov. A Troms&oslash;, il a organis&eacute; une exposition de timbres sur les &eacute;checsn et &ccedil;a a suffi pour remplir une salle de taille respectable.</p>
<p><strong>&ndash; Sur quoi vos yeux se sont-ils imm&eacute;diatement pos&eacute;s ?</strong><br />
&ndash; D&egrave;s les ann&eacute;es d&rsquo;&eacute;cole, je collectionnais moi-m&ecirc;me des timbres consacr&eacute;s aux &eacute;checs. J&rsquo;ai donc regard&eacute; avec attention. J'aime beaucoup les timbres sur le tournoi de Moscou en 1948, quand le champion &eacute;tait Botvinnik. Et le premier timbre sur les &eacute;checs, qui &eacute;tait bulgare. Je ne m&rsquo;attendais pas &agrave; le voir chez Karpov. Toutefois, il a recueilli tous les timbres sur les &eacute;checs qui existent.</p>
<p><strong>&ndash; Boris Spassky est aujourd&rsquo;hui en Russie. Vous communiquez ?</strong><br />
&ndash; Oui, nous le soutenons. Malgr&eacute; son accident vasculaire c&eacute;r&eacute;bral, il parle normalement et a la t&ecirc;te sur les &eacute;paules. Il m'a dit : &quot;J&rsquo;ai r&ecirc;v&eacute; de Fisher. On discutait du meilleur encha&icirc;nement : e2-e4 ou d2-d4. Dans mon r&ecirc;ve, on en est venu &agrave; la conclusion qu&rsquo;apr&egrave;s tout, c&rsquo;&eacute;tait le deuxi&egrave;me. Le pion est prot&eacute;g&eacute; par la reine...&quot; C&rsquo;&eacute;tait lors d&rsquo;une r&eacute;union entre le pr&eacute;sident russe et les champions. Poutine est indiff&eacute;rent aux &eacute;checs. Il est all&eacute; &agrave; deux tournois : la finale du tournoi de la Tour blanche &agrave; Dagomys et le match Carlsen-Anand &agrave; Sotchi. Une grande attention est accord&eacute;e aux &eacute;checs par le pr&eacute;sident du conseil de tutelle de la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs, Dmitri Peskov, ainsi que par le vice-Premier ministre Arkadi Dvorkovitch.</p>
<p><strong>&ndash; Etes-vous en relation avec Kasparov ?</strong><br />
&ndash; Je ne l&rsquo;ai rencontr&eacute; qu&rsquo;une seule fois dans ma vie, deux ans avant de devenir pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration des &eacute;checs. Un ami m&rsquo;a appel&eacute; et m&rsquo;a dit : &quot;Kasparov veut parler avec toi&quot;. On s&rsquo;est assis &agrave; quatre dans le caf&eacute; La Torre. Il y avait l&rsquo;&eacute;diteur du magazine &quot;64&quot; Igor Bourstein, l&rsquo;ancien pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs Alexandre Bach, Kasparov et moi. Le sujet de la r&eacute;union m&rsquo;a frapp&eacute;.</p>
<p><strong>&ndash; Qu'est-ce qu&rsquo;il voulait?</strong><br />
&ndash; Il a dit : &quot;J&rsquo;ai tout gagn&eacute; dans les &eacute;checs, sauf les Jeux olympiques en tant qu'entra&icirc;neur. C&rsquo;est mon r&ecirc;ve, et je suis pr&ecirc;t &agrave; diriger l'&eacute;quipe....&quot;</p>
<p><strong>&ndash; Quel &eacute;tait le rapport avec vous?</strong><br />
&ndash; C&rsquo;est ce que j&rsquo;ai pens&eacute;, et Kasparov a continu&eacute; comme si de rien n&rsquo;&eacute;tait : &quot;Je m&rsquo;adresse &agrave; vous parce que vous &ecirc;tes le futur chef de la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs&quot;. &quot;Pour le moment, vous &ecirc;tes le seul &agrave; le savoir. Je n&rsquo;avais m&ecirc;me pas imagin&eacute; une telle option&quot;, lui ai-je r&eacute;pondu.</p>
<p><strong>&ndash; Qu&rsquo;a-t-il dit ?</strong><br />
&ndash; Il a souri : &quot;Non, je sais exactement comment les choses vont se passer. Alors, concernant les Jeux olympiques ?&quot; &quot;Mais cette discussion est sans fondement, je n&rsquo;ai aucune intention de devenir le leader de la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs !&quot;</p>
<p><strong>&ndash; Comment expliquer une telle clairvoyance ?</strong><br />
&ndash; Comment pouvez-vous pr&eacute;voir cela deux ans &agrave; l&rsquo;avance ? Ou alors, apr&egrave;s le match Anand-Gelfand &agrave; la Galerie Tretiakov, il a vu le niveau d'organisation et il a pens&eacute; &agrave; quelque chose, imagin&eacute; un encha&icirc;nement ?</p>
<p><strong>&ndash; De quoi d&rsquo;autre avez-vous parl&eacute; ?</strong><br />
&ndash; Kasparov voulait travailler dans l'&eacute;quipe, et je me demandais comment concilier cela avec ses activit&eacute;s politiques. Il a dit &quot;J'aime vraiment les &eacute;checs, c&rsquo;est le plus important...&quot;</p>
<p><strong>&ndash; Comprenez-vous le Kasparov actuel ?</strong><br />
&ndash; Il me fait de la peine.</p>
<p><strong>&ndash; Pourquoi ?</strong><br />
&ndash; C&rsquo;est un joueur d'&eacute;checs, certainement pas un homme politique. Quand tu ne travailles pas selon ta vocation, &ccedil;a saute aux yeux. Et le r&eacute;sultat est toujours d&eacute;plorable.</p>
<p><strong>&ndash; Vous pensez que Garry n&rsquo;est pas encore lass&eacute; de la politique?</strong><br />
&ndash; Il a probablement eu de fortes incitations &eacute;conomiques pour jouer ce r&ocirc;le. Je suppose que c&rsquo;est par leur biais qu&rsquo;il en est venu &agrave; la politique. Et puis il s&rsquo;y est laiss&eacute; prendre.</p>
<p><strong>&ndash; Apr&egrave;s une telle pause, il pourrait peut-&ecirc;tre revenir au jeu d'&eacute;checs professionnel?</strong><br />
&ndash; Kasparov a pris sa retraite des &eacute;checs. Il a jou&eacute; &agrave; Saint-Louis une partie avec Short, il a entra&icirc;n&eacute; Carlsen... Ce serait formidable s&rsquo;il ne popularisait pas les &eacute;checs en Am&eacute;rique, mais en Russie. Qu&rsquo;il transmette l'exp&eacute;rience aux enfants, qu&rsquo;il participe aux s&eacute;ances.</p>
<p>Vous savez, j&rsquo;ai demand&eacute; une fois au pr&eacute;sident arm&eacute;nien Sarkissian : &quot;Pourquoi avez-vous fait des &eacute;checs un cours obligatoire ?&quot; La r&eacute;ponse m&rsquo;a stup&eacute;fi&eacute; : &quot;Des &eacute;tudes ont montr&eacute; que les enfants ayant obtenu leur dipl&ocirc;me de l'&eacute;cole d'&eacute;checs ne consomment pas de drogues. Un enfant apprend &agrave; travers le jeu &agrave; compter les encha&icirc;nements, y compris ceux qui peuvent avoir des cons&eacute;quences tragiques.&quot;</p>
<p><strong>&ndash; &Ccedil;a alors !</strong><br />
&ndash; En Arm&eacute;nie, les &eacute;checs sont enseign&eacute;s deux fois par semaine, et un programme de t&eacute;l&eacute;vision sp&eacute;cial est diffus&eacute;. La toxicomanie des enfants dans le pays a fortement baiss&eacute;. Un autre exemple : la Chine. L&agrave;-bas, &agrave; la suite des guerres de l'opium, presque toute la population masculine &eacute;tait accro aux stup&eacute;fiants. Ils ont connu une renaissance gr&acirc;ce aux &eacute;checs et au jeu de go. Ils se sont sauv&eacute;s en tant que nation.</p>
<p><strong>&ndash; Est-il r&eacute;aliste de faire des &eacute;checs une mati&egrave;re obligatoire dans les &eacute;coles russes ?</strong><br />
&ndash; Et pourquoi pas ? Dans tous les cas, cela vaut mieux que de d&eacute;penser des sommes &eacute;normes pour lutter contre la toxicomanie des enfants.</p>
<p><strong>&ndash; Kasparov ne vient-il plus en Russie ?</strong><br />
&ndash; Le pr&eacute;sident l&rsquo;a invit&eacute; &agrave; une r&eacute;union &agrave; Sotchi avec les champions. Il a refus&eacute;. Les craintes de Kasparov au sujet des menaces qui p&egrave;seraient sur lui sont consid&eacute;rablement exag&eacute;r&eacute;es. &Agrave; mon avis, il n'a rien &agrave; craindre.</p>
<p><strong>&ndash; Et vous vous &ecirc;tes attribu&eacute; le r&ecirc;ve de Kasparov...</strong><br />
&ndash; Oui, j&rsquo;ai r&eacute;cemment d&eacute;cid&eacute; qu&rsquo;&agrave; partir de janvier, je serai l'entra&icirc;neur en chef de l'&eacute;quipe masculine.</p>
<p><strong>&ndash; Pourquoi le d&eacute;sirez-vous ?</strong><br />
&ndash; On ne gagne pas ! Et j&rsquo;ai une formation d&rsquo;entra&icirc;neur professionnel. Apr&egrave;s le Championnat du monde en Arm&eacute;nie, lors duquel nous n&rsquo;avons pas remport&eacute; une seule m&eacute;daille, j&rsquo;ai pens&eacute; que je devais prendre le probl&egrave;me &agrave; bras le corps. Ce ne sera pas pire, tout simplement parce que &ccedil;a ne peut pas &ecirc;tre pire.</p>
<p><strong>&ndash; Quelles sont les causes de la faiblesse de notre &eacute;quipe ?</strong><br />
&ndash; Justement, il n&rsquo;y a pas d'&eacute;quipe. Il y a seulement quelques joueurs talentueux.</p>
<p><strong>&ndash; Allez-vous &ecirc;tre l&rsquo;aise avec les nuances propres au jeu d'&eacute;checs ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai remarqu&eacute; &agrave; Troms&oslash; que les probl&egrave;mes de l'&eacute;quipe &eacute;taient li&eacute;s &agrave; la transition entre le milieu et la fin de la partie. Nos gars ont deux atouts : une bonne &eacute;cole de jeu et la technique. Tous sont fantastiquement bien pr&eacute;par&eacute;s pour les ouvertures. A tel point qu&rsquo;ils r&eacute;fl&eacute;chissent longtemps avant le premier coup : quelle ouverture choisir ? Ils se mettent dans de bonnes positions, mais ensuite, ils s&rsquo;enlisent dans les erreurs.</p>
<p><strong>&ndash; Vous avez &eacute;tudi&eacute; avec Boris Gelfand &agrave; l'Institut de Minsk d'&eacute;ducation physique. Quel genre de personne est-ce ?</strong><br />
&ndash; Brillant dans tous les sens du terme. J&rsquo;admire son &eacute;thique de travail, ses connaissances, son sens de l'humour. Boris m'a pr&eacute;sent&eacute; &agrave; Miguel Najdorf.</p>
<p><strong>&ndash; Il semble que vous auriez pu ne jamais vous rencontrer.</strong><br />
&ndash; Najdorf avait plus de quatre-vingts ans, il &eacute;tait tr&egrave;s vieux. C&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;apprenti d&rsquo;Alekhine. Certains participants au tournoi r&eacute;sidaient &agrave; l'h&ocirc;tel Octobre &agrave; Moscou. Je suis venu pour soutenir Boris. On s&rsquo;est assis pour d&icirc;ner et le vieil homme s&rsquo;est approch&eacute;. Najdorf sp&eacute;culait sur les devises, il faisait de sacr&eacute;s gains. Il &eacute;tait d'une humeur fantastique. Et le lendemain, il est parti pour Varsovie.</p>
<p><strong>&ndash; Avez-vous reconnu Najdorf ?</strong><br />
&ndash; Non, bien s&ucirc;r. C&rsquo;est Boris qui m&rsquo;a dit.</p>
<p><strong>&ndash; Est-ce le premier milliardaire que vous avez rencontr&eacute; dans les ann&eacute;es 90 ?</strong><br />
&ndash; C&rsquo;est une histoire passionnante. Mon ami devait prendre un avion pour des pourparlers en Tha&iuml;lande. Le m&ecirc;me jour, sa fille devait donner naissance &agrave; un enfant. Au cours de la soir&eacute;e, il a d&eacute;cid&eacute; qu&rsquo;il n&rsquo;irait nulle part, parce qu&rsquo;il lui fallait aller &agrave; la maternit&eacute;. Et je suis all&eacute; en Tha&iuml;lande &agrave; sa place.</p>
<p><strong>&ndash; Brillant !</strong><br />
&ndash; J&rsquo;&eacute;tais d&rsquo;humeur &quot;cr&eacute;ative&quot;, et j&rsquo;ai accept&eacute;. Ensuite, c&rsquo;est comme dans le film &quot;L&rsquo;Ironie du sort&quot;. Je ne me souviens pas comment j&rsquo;ai pass&eacute; le contr&ocirc;le des passeports et je suis mont&eacute; &agrave; bord de l'avion. Pendant la c&eacute;l&eacute;bration, on &eacute;tait pass&eacute;s &agrave; la vodka maison ukrainienne bien forte, et j&rsquo;avais la gorge en feu. J&rsquo;avais une terrible envie de boire quelque chose de frais.</p>
<p><strong>&ndash; Vous y &ecirc;tes arriv&eacute; ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai ouvert les yeux, je ne savais pas o&ugrave; j&rsquo;&eacute;tais. Intuitivement, j&rsquo;ai suivi des gens dans le couloir, et &agrave; la fin j&rsquo;ai vu une silhouette famili&egrave;re. Gelfand ! Avec une canette de Coca &agrave; la main. Je lui ai dit : &quot;Boris, donne-moi un verre, o&ugrave; je meurs&quot;. Il se retourne : &quot;Qu&rsquo;est-ce que tu fabriques &agrave; Delhi ?&quot; - &quot;Qu&rsquo;est-ce que tu racontes ? De quel Delhi tu parles ?&quot; Puis j&rsquo;ai regard&eacute; autour de moi. En effet, c&rsquo;&eacute;tait bien Delhi.</p>
<p><strong>&ndash; Par quel miracle Gelfand &eacute;tait-il l&agrave;-bas ?</strong><br />
&ndash; Pour jouer un match contre Karpov. Et nous avions atterri pour faire le plein de k&eacute;roz&egrave;ne.</p>
<p><strong>&ndash; Et de l&agrave;, direction Bangkok ?</strong><br />
&ndash; Oui, M. Win attendait l&agrave;-bas. A cette &eacute;poque, c&rsquo;&eacute;tait le deuxi&egrave;me homme du pays apr&egrave;s le roi de Tha&iuml;lande. Un milliardaire, pr&eacute;sident de Sahaviriya Group. C&rsquo;est un &eacute;norme empire. Des aci&eacute;ries, des ports, des r&eacute;seaux de t&eacute;l&eacute;communication dans toute l'Asie et l'Australie, des mines... En Russie, il achetait de l'acier. Je n'avais jamais parl&eacute; &agrave; un homme avec une telle vision du monde. Il en avait une perception totalement diff&eacute;rente. Dans le m&ecirc;me temps, c&rsquo;&eacute;tait un homme modeste, tr&egrave;s humble. Win nous a emmen&eacute;s dans des restaurants fabuleux, et sur le bord de la route il s&rsquo;arr&ecirc;tait pour passer au fast-food. Il prenait du riz &agrave; un dollar et mangeait. Je n&rsquo;oserais m&ecirc;me pas manger dans de tels endroits.</p>
<p><strong>&ndash; Votre chemin vers les millions a commenc&eacute; de fa&ccedil;on &eacute;tonnante.</strong><br />
&ndash; Alors que j&rsquo;&eacute;tais &eacute;tudiant, je transportais des marchandises russes vers la Pologne : fers &agrave; repasser, s&egrave;che-cheveux, moulins &agrave; caf&eacute;. Et le tournant a eu lieu gr&acirc;ce aux &eacute;checs. Je me suis rendu pour la premi&egrave;re fois &agrave; Katowice pour un tournoi. Et il a soudainement &eacute;t&eacute; annul&eacute;. Je n&rsquo;avais ni fers &agrave; repasser, ni moulins, et j&rsquo;ai regard&eacute; comment les autres faisaient des affaires.</p>
<p><strong>&ndash; Combien pouvait-on gagner en un seul voyage ?</strong><br />
&ndash; Au fil du temps, j&rsquo;ai port&eacute; mon revenu jusqu'&agrave; 2.500 dollars par mois.</p>
<p><strong>&ndash; Gelfand tra&icirc;nait &eacute;galement des fers &agrave; repasser ?</strong><br />
&ndash; Non. Boris, lui, jouait aux &eacute;checs. Il &eacute;tait loin de ces affaires-l&agrave;. Quant &agrave; moi, j&rsquo;ai mis les &eacute;checs de c&ocirc;t&eacute;, et c&rsquo;&eacute;tait parti...</p>
<p><strong>&ndash; Pourquoi lesPolonaisvoulaient-ils nosmoulins &agrave; caf&eacute; ?</strong><br />
&ndash; Ils &eacute;taient bon march&eacute;. C&rsquo;&eacute;tait &agrave; peu pr&egrave;s la m&ecirc;me histoire qu&rsquo;&agrave; la fin de 2014 : le rouble a &eacute;t&eacute; d&eacute;valu&eacute;, tandis que les prix sont rest&eacute;s les m&ecirc;mes pendant un certain temps.</p>
<p><strong>&ndash; Il fallait aller soi-m&ecirc;me sur le march&eacute; et vendre?</strong><br />
&ndash; Oui. Je n&rsquo;ai pas honte d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; un marchand ambulant. C&rsquo;est un travail difficile et dangereux. Les ann&eacute;es 90 &eacute;taient synonyme de criminalit&eacute; galopante, en Russie comme en Pologne. Mais j&rsquo;ai eu de la chance, je n&rsquo;ai pas eu d&rsquo;ennuis s&eacute;rieux. Mon intuition de joueur d&rsquo;'&eacute;checs s&rsquo;est quelquefois r&eacute;v&eacute;l&eacute;e d&rsquo;une grande aide.</p>
<p><strong>&ndash; Ilioumjinov nous a dit que durant les ann&eacute;es 90, il avait assist&eacute; &agrave; des &eacute;changes de tirs. Avez-vous v&eacute;cu une telle exp&eacute;rience?</strong><br />
&ndash; Dieu m&rsquo;en a gard&eacute;. Apr&egrave;s avoir fait de la vente ambulante, nous nous sommes lanc&eacute;s dans la logistique avec mes partenaires, en organisant des transports par chemin de fer. Presque imm&eacute;diatement, nous avons commenc&eacute; &agrave; travailler avec la holding Severstal. La soci&eacute;t&eacute; s&rsquo;appelait Severstaltrans. Personne ne nous consid&eacute;rait comme une structure distincte. On pensait que nous &eacute;tions l&rsquo;entreprise de transports de la holding m&eacute;tallurgique. Par cons&eacute;quent, on ne nous posait aucune question pendant les temps de troubles.</p>
<p><strong>&ndash; Vous rappelez-vous du jour o&ugrave; vous &ecirc;tes devenu millionnaire ?</strong><br />
&ndash; Non. Mais je me souviens que j&rsquo;ai eu des occasions de le devenir, et que d&eacute;lib&eacute;r&eacute;ment je ne l&rsquo;ai pas fait. On m'a offert une somme de six z&eacute;ros pour que je ne parte pas dans une entreprise ind&eacute;pendante. J&rsquo;ai refus&eacute;.</p>
<p><strong>&ndash; Vous &ecirc;tes parti ?</strong><br />
&ndash; Oui, et je n&rsquo;ai jamais regrett&eacute;. Et j&rsquo;ai obtenu mon premier million deux ou trois ans apr&egrave;s.</p>
<p><strong>&ndash; On dirait que pour vous, ce n&rsquo;&eacute;tait pas un &eacute;v&eacute;nement.</strong><br />
&ndash; Vous avez raison. J&rsquo;ai continu&eacute; &agrave; travailler comme avant. Apr&egrave;s un certain niveau dans votre vie, rien ne change.</p>
<p><strong>&ndash; Aujourd'hui, est-il plus difficile de devenir riche que dans les ann&eacute;es 90 ?</strong><br />
&ndash; Plus facile. La comp&eacute;tition diminue.</p>
<p><strong>&ndash; Vraiment ?</strong><br />
&ndash; La Russie est un pays immense. Une grande fertilit&eacute;, de nombreux retrait&eacute;s. Mais la population active est peu importante. Le nombre d'entrepreneurs recule aussi. Analysez le classement russe de Forbes. Au fil des derni&egrave;res ann&eacute;es, elle a &eacute;t&eacute; renouvel&eacute;e &agrave; 90%. Les noms de famille qui r&eacute;sonnaient il y a un certain temps sont compl&egrave;tement pass&eacute;s aux oubliettes.</p>
<p><strong>&ndash; Par exemple ?</strong><br />
&ndash; Vladimir Vinogradov.</p>
<p><strong>&ndash; Qui est-ce ?</strong><br />
&ndash; Vous voyez ... Et c&rsquo;&eacute;tait l'homme le plus riche du pays ! Le fondateur d&rsquo;Inkombank. Je ne connais pas Vinogradov personnellement, mais je suis sinc&egrave;rement d&eacute;sol&eacute; pour lui. En 1998, sa banque a fait faillite. Apr&egrave;s l&rsquo;assainissement, Vinogradov a vers&eacute; de l&rsquo;argent &agrave; tous les investisseurs. Il s&rsquo;est ruin&eacute; et est mort &agrave; 52 ans d'un accident vasculaire c&eacute;r&eacute;bral.</p>
<p><strong>&ndash; Percez-vous le classement Forbes comme une comp&eacute;tition ?</strong><br />
&ndash; En aucun cas ! Je n&rsquo;ai pas de telles ambitions.</p>
<p><strong>&ndash; Vous connaissez mieux la situation que les analystes bancaires qui composent la liste. Y a-t-il beaucoup de mensonges l&agrave;-dedans ?</strong><br />
&ndash; Oui.</p>
<p><strong>&ndash; &Agrave; propos de vous ?</strong><br />
&ndash; On me surestime &agrave; chaque fois.</p>
<p><strong>&ndash; Dans le dernier classement, vous &ecirc;tes class&eacute; 112&egrave;me en Russie, avec une fortune de 850 millions de dollars. Savez-vous exactement combien d'argent vous avez ?</strong><br />
&ndash; Comment calculent-ils ? En &eacute;valuant la valeur des actifs publics. Nous poss&eacute;dions la soci&eacute;t&eacute; Globaltrans. Sa capitalisation boursi&egrave;re, en fonction des conditions de march&eacute;, a parfois vari&eacute; entre 200 millions de dollars et plus de trois milliards de dollars. Mais pourquoi me soucier de savoir combien elle vaut en bourse, si je ne veux pas vendre ?</p>
<p>Et concernant les &eacute;valuations des analystes bancaires, Warren Buffett a eu des propos tr&egrave;s sages. On l&rsquo;a interrog&eacute; une fois sur les erreurs qu&rsquo;il a commises en affaires, en lui disant que les analystes internationaux de Wall Street pensaient que vous avez vieilli, qu&rsquo;il se trompait. Buffett a souri : &quot;Vous avez souvent rencontr&eacute; des analystes riches ?&quot;</p>
<p><strong>&ndash; Vous nous citez Buffett, mais nous vous citerons Galitsky : &quot;Un homme d'affaires, c'est une esp&egrave;ce biologique sp&eacute;ciale. Deux, maximum quatre pour cent poss&egrave;dent r&eacute;ellement un potentiel entrepreneurial.&quot; Etes-vous d&rsquo;accord avec cette id&eacute;e?</strong><br />
&ndash; Je vais vous dire ceci : dans les &eacute;coles de commerce et les instituts d'&eacute;conomie, on apprend peu de choses. On peut enseigner un artisanat. Mais l'esprit d'entreprise pur ne peut pas &ecirc;tre enseign&eacute;. Soit vous avez cette fibre, soit non... En Russie, la grande majorit&eacute; des gens riches sont des &quot;h&eacute;ritiers&quot;.</p>
<p><strong>&ndash; De qui ?</strong><br />
&ndash; De l&rsquo;Union sovi&eacute;tique. Lorsque la privatisation a commenc&eacute;, ils ont h&eacute;rit&eacute; des usines, des fabriques, des mines. Ils sont instantan&eacute;ment devenus riches, sans faire le moindre effort. Mais il y a un autre type de businessmen. Ils n&rsquo;ont pas pris part &agrave; la privatisation, ils ont cr&eacute;&eacute; &agrave; partir de z&eacute;ro de v&eacute;ritables empires. Dans mon esprit ce sont eux, les vrais entrepreneurs. Parmi eux, j&rsquo;en rel&egrave;verai deux : Guennadi Timtchenko et Sergue&iuml; Galitsky.</p>
<p><strong>&ndash; Et vous ?</strong><br />
&ndash; Je suis aussi un entrepreneur. Mais un &eacute;chelon en-dessous.</p>
<p><strong>&ndash; Connaissez-vous Galitsky ?</strong><br />
&ndash; Non. Mais je sais qu'il est candidat ma&icirc;tre en &eacute;checs, qu&rsquo;il donnait des cours &agrave; l'acad&eacute;mie de Krasnodar, et qu&rsquo;il organise personnellement des sessions avec des footballeurs. Il est agr&eacute;able de savoir que des gens comme Galitsky et Timtchenko sont accros au jeu d'&eacute;checs.</p>
<p>Avec Timtchenko, nous sommes des partenaires de longue date. En plus de notre coentreprise de transport, nous avons organis&eacute; le projet &quot;Echecs dans les mus&eacute;es&quot;, qui a d&eacute;but&eacute; avec le match Anand-Gelfand dans la Galerie Tretiakov.</p>
<p><strong>&ndash; Les &eacute;checs int&eacute;ressent-ils Timtchenko moins que le hockey ?</strong><br />
&ndash; Il aime le hockey, mais il n&rsquo;oublie pas les &eacute;checs. Guennadi est tr&egrave;s actif dans son soutien aux &eacute;checs, sa fondation sponsorise r&eacute;guli&egrave;rement la F&eacute;d&eacute;ration russe des &eacute;checs. Avec le soutien de la fondation, on met en place tous les programmes pour enfants de la FRE. Le programme &quot;Echecs dans les mus&eacute;es&quot; est d&eacute;sormais leur projet aussi. Lui-m&ecirc;me, quand il prend l'avion, utilise un programme d'&eacute;checs informatique.</p>
<p><strong>&ndash; Vous avez jou&eacute; avec lui ?</strong><br />
&ndash; Deux fois. Les deux parties ont fini par un match nul.</p>
<p><strong>&ndash; Une fois, vous avez jou&eacute; aux &eacute;checs avec un homme d&rsquo;affaires. C&rsquo;est le prix du mazout qui d&eacute;pendait de l&rsquo;issue de la partie. Combien d'argent &eacute;tait en jeu ?</strong><br />
&ndash; Celui qui gagnait emportait plusieurs millions de dollars.</p>
<p><strong>&ndash; Avec de tels enjeux, votre cerveau n&rsquo;a-t-il pas commenc&eacute; &agrave; vous l&acirc;cher ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;&eacute;tais nerveux. En face, il y avait un homme qui &eacute;tait assez fort aux &eacute;checs. Il a bien jou&eacute;. Mais j&rsquo;ai gagn&eacute; la partie. On a crois&eacute; le fer pendant environ quarante minutes.</p>
<p><strong>&ndash; Le rival &eacute;tait-il d&eacute;courag&eacute; ?</strong><br />
&ndash; D&eacute;&ccedil;u. Heureusement, il n&rsquo;avait aucune id&eacute;e de ma formation aux &eacute;checs. Il &eacute;tait persuad&eacute; de me battre et n&rsquo;admettait pas que le sc&eacute;nario puisse &ecirc;tre diff&eacute;rent.</p>
<p><strong>&ndash; On dit que Boris Berezovski ne crachait pas sur le vin &agrave; un dollar. Quel est le moins cher que vous ayez bu r&eacute;cemment ?</strong><br />
&ndash; Le prix pour moi n&rsquo;est pas un crit&egrave;re de qualit&eacute;. Je peux manger un morceau chez McDonalds. C&rsquo;est nocif, mais bon. Et il y a d&rsquo;excellents vins &agrave; un dollar.</p>
<p><strong>&ndash; Quand avez-vous commenc&eacute; &agrave; collectionner les peintures ?</strong><br />
&ndash; Il y a longtemps. Pour ma collection personnelle, j&rsquo;achetais les travaux d&rsquo;auteurs contemporains, et ce qui se cr&eacute;ait avant 1917. Et ma Fondation Art Russe se sp&eacute;cialise dans une p&eacute;riode historique particuli&egrave;re, allant de 1917 &agrave; 1991. Nous achetons des peintures et des sculptures qui se sont retrouv&eacute;es &agrave; l'&eacute;tranger, et nous organisons des expositions dans le monde entier. Nous publions des livres sur les artistes en langues &eacute;trang&egrave;res.</p>
<p><strong>&ndash; Le chef-d&rsquo;&oelig;uvre principal de votre collection ?</strong><br />
&ndash; Parlez-vous des peintures ou des sculptures ?</p>
<p><strong>&ndash; Tout d'abord, des peintures.</strong><br />
&ndash; &quot;Encore un 2&quot; de Fiodor Rechetnikov.</p>
<p><strong>&ndash; Je m&rsquo;en rappelle bien. On a &eacute;crit une r&eacute;daction &agrave; ce sujet &agrave; l'&eacute;cole. Mais la peinture est depuis un demi-si&egrave;cle &agrave; la Galerie Tretiakov.</strong><br />
&ndash; C'est vrai. C&rsquo;est une copie d&rsquo;auteur. L&rsquo;autre, plus ancienne, est chez nous. La veuve de l&rsquo;artiste l&rsquo;a vendue en Am&eacute;rique.</p>
<p><strong>&ndash; A un collectionneur priv&eacute; ?</strong><br />
&ndash; Oui. Elle est longtemps rest&eacute;e l&agrave;-bas, jusqu&rsquo;&agrave; ce que mon agent voie par hasard la toile. En 2012, nous l&rsquo;avons achet&eacute;e et envoy&eacute;e pour examen &agrave; Londres. Et il s&rsquo;est av&eacute;r&eacute; qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; r&eacute;alis&eacute;e deux mois plus t&ocirc;t que celle qui est conserv&eacute;e &agrave; la Galerie Tretiakov !</p>
<p><strong>&ndash; Comment l&rsquo;avez-vous su ?</strong><br />
&ndash; Gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;esquisse repr&eacute;sent&eacute;e sur l&rsquo;arri&egrave;re-plan d&rsquo;une autre &oelig;uvre de Rechetnikov, &quot;Arriv&eacute; en vacances&quot;. Elle est aussi sur la peinture de la Galerie Tretiakov, mais sous une forme achev&eacute;e.</p>
<p><strong>- L&rsquo;Am&eacute;ricain qui a vendu &quot;Encore un 2&quot; ne se doutait donc pas qu&rsquo;il d&eacute;tenait un tel tr&eacute;sor ?</strong><br />
&ndash; Bien s&ucirc;r que non ! Apr&egrave;s, il a failli devenir fou. Une autre histoire int&eacute;ressante est li&eacute;e avec une peinture de Vladimir Serov : &quot;L&eacute;nine proclame le pouvoir sovi&eacute;tique&quot;. La premi&egrave;re toile, o&ugrave; derri&egrave;re L&eacute;nine on voit Staline, Sverdlov et Dzerjinski, a &eacute;t&eacute; offerte &agrave; Mao Ts&eacute;-toung. Lorsque Khrouchtchev est arriv&eacute; au pouvoir, il a demand&eacute; de peindre une nouvelle version, sans Staline. Cette peinture &eacute;tait dans le mus&eacute;e de la ville de Joukovski. Mais une troisi&egrave;me version est encore dans la Galerie Tretiakov. Dans les ann&eacute;es 90, le mus&eacute;e de Joukovski a ferm&eacute;. Ils ont invit&eacute; de grands collectionneurs du monde, on leur proposait d&rsquo;acheter quelque chose. C&rsquo;est comme &ccedil;a que la toile de Serov s&rsquo;est retrouv&eacute;e &agrave; l'&eacute;tranger.</p>
<p><strong>&ndash; Aux Etats-Unis ?</strong><br />
&ndash; En Hollande. Des ann&eacute;es plus tard, le propri&eacute;taire a fait le tri dans sa collection. Il est connu, il est sp&eacute;cialis&eacute; dans les vieux ma&icirc;tres. La toile avec L&eacute;nine et les bolch&eacute;viques n&rsquo;avait pas d&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t pour lui. En outre, il ne comprenait pas sa valeur r&eacute;elle. Il a appel&eacute; mon agent : &quot;Ton client ach&egrave;te des &oelig;uvres d'artistes sovi&eacute;tiques. J&rsquo;en ai une ici dont je n&rsquo;ai pas besoin&hellip;&quot;</p>
<p><strong>&ndash; O&ugrave; sont ces peintures actuellement?</strong><br />
&ndash; &quot;Encore un 2&quot; &eacute;tait &agrave; Londres pour l'exposition consacr&eacute;e au 70&egrave;me anniversaire de la Victoire. Il va y en avoir une autre, &eacute;galement &agrave; l'&eacute;tranger. &quot;L&eacute;nine&quot; attend son exposition.</p>
<p><strong>&ndash; Y a-t-il des choses qui vous ont &eacute;chapp&eacute;es et que vous regrettez ?</strong><br />
&ndash; Une peinture d&rsquo;Alexandre Samokhvalov. Je r&eacute;agis calmement &agrave; ce genre de situation. Non, c&rsquo;est non. Mais en septembre, la Fondation annoncera une tr&egrave;s grosse transaction dans le milieu de l&rsquo;art. Le monde entier va en parler. Croyez-moi, je n&rsquo;exag&egrave;re pas. Mais je n'ai pas encore le droit d&rsquo;en pulguer les d&eacute;tails.</p>
<p><strong>&ndash; Dommage. Passons &agrave; la sculpture.</strong><br />
&ndash; Dans la collection se distingue particuli&egrave;rement un mod&egrave;le en pl&acirc;tre d'un m&egrave;tre et demi du &quot;Prol&eacute;taire et la Kolkhozienne&quot;. Celui qui a &eacute;t&eacute; montr&eacute; &agrave; Staline. L'agent l&rsquo;a trouv&eacute; &agrave; Londres. La petite-fille de Vera Moukhina le vendait.</p>
<p><strong>&ndash; Achetez-vous toujours lors de ventes aux ench&egrave;res ?</strong><br />
&ndash; Principalement &agrave; des collectionneurs priv&eacute;s. Lorsque les ventes aux ench&egrave;res ont lieu, je ne suis pas pr&eacute;sent dans la salle. Gr&acirc;ce &agrave; mon agent, je n&eacute;gocie parfois par t&eacute;l&eacute;phone.</p>
<p><strong>&ndash; Le d&eacute;mon du jeu se r&eacute;veille-t-il parfois &agrave; ces moments ?</strong><br />
&ndash; Parfois, les &eacute;motions jaillissent, le trac. Mais je n'ach&egrave;te rien de mani&egrave;re irr&eacute;fl&eacute;chie. Si un travail me pla&icirc;t beaucoup et que je suis pr&ecirc;t &agrave; acheter, alors je fais en sorte de ne pas le rater.</p>
<p><strong>&ndash; O&ugrave; vos premi&egrave;res ench&egrave;res ont-elles eu lieu ?</strong><br />
&ndash; En Am&eacute;rique. Mon repr&eacute;sentant y &eacute;tait, moi &agrave; Moscou. Ici, il faisait nuit. Afin de ne pas rester au t&eacute;l&eacute;phone, j&rsquo;ai imm&eacute;diatement pr&eacute;sent&eacute; ma gamme de prix. J&rsquo;&eacute;tais int&eacute;ress&eacute; par le &quot;Portrait du graveur Watts&quot; de Nikola&iuml; F&eacute;chine. Le montant maximal que je m&rsquo;&eacute;tais fix&eacute; s&rsquo;&eacute;levait &agrave; 1,15 millions de dollars.</p>
<p><strong>&ndash; Vous saviez que le F&eacute;chine serait &agrave; vous, &agrave; un tel prix ?</strong><br />
&ndash; Non. Franchement, je ne connaissais pas le march&eacute; des peintures &agrave; l&rsquo;&eacute;poque. Mon intuition a sugg&eacute;r&eacute; que c&rsquo;&eacute;tait un bon investissement. Lors de la vente du &quot;Graveur&quot;, il y a eu une bataille. La vente a &eacute;t&eacute; conclue pour 1,05 millions de dollars.</p>
<p><strong>&ndash; Est-il arriv&eacute; que le prix d&rsquo;une peinture vous surprenne ?</strong><br />
&ndash; Il serait incorrect de nommer son auteur, mais il y a une peinture que je ne voudrais pas mettre dans ma cuisine, m&ecirc;me gratuitement! Et elle a &eacute;t&eacute; vendue pour 60 millions de dollars. De la folie.</p>
<p><strong>&ndash; Quel est votre artiste pr&eacute;f&eacute;r&eacute; ? Est-ce Viktor Popkov ?</strong><br />
&ndash; Mon pr&eacute;f&eacute;r&eacute; est celui dont l'exposition est en cours. Actuellement, c&rsquo;est F&eacute;chine. Mais lors de l'exposition Popkov, je ne pouvais pas penser &agrave; d'autres artistes.</p>
<p><strong>&ndash; On dit de lui que c&rsquo;est le &quot;Dosto&iuml;evski de la peinture russe&quot;.</strong><br />
&ndash; Popkov est un g&eacute;nie. Dans ses &oelig;uvres, il y a une &eacute;nergie incroyable. Une profondeur. Prenez &quot;Le pardessus du p&egrave;re&quot;, qui est &agrave; la Galerie Tretiakov. Le p&egrave;re de Popkov n&rsquo;est pas revenu du front, mais &agrave; la maison il restait son pardessus. Lui-m&ecirc;me, encore petit gar&ccedil;on, le mettait et sentait l&rsquo;odeur d&rsquo;un &ecirc;tre cher. Ces &eacute;motions sont &agrave; la base de la peinture.</p>
<p><strong>&ndash; Popkov a eu une mort regrettable.</strong><br />
&ndash; Oui, en 1974. A Moscou, avec des amis artistes &eacute;m&eacute;ch&eacute;s, il a essay&eacute; d'attraper un taxi. Et en ville, il y avait une vague d'attaques contre les voitures Volga des convoyeurs de fonds. Popkov a confondu une de ces voitures avec un taxi, et il s&rsquo;est approch&eacute;. L&rsquo;un des convoyeurs de fonds &eacute;tait ivre, il a pris la bande d&rsquo;amis pour des bandits et a ouvert le feu. Voil&agrave; comment on a perdu un peintre de g&eacute;nie, &agrave; l&rsquo;&acirc;ge de 42 ans.</p>
<p><strong>&ndash; Vous &ecirc;tes-vous heurt&eacute; &agrave; des contrefa&ccedil;ons ?</strong><br />
&ndash; Non, j&rsquo;envoie toujours les &oelig;uvres pour expertise &agrave; Londres, o&ugrave; tout est &eacute;tudi&eacute;, de la poussi&egrave;re &agrave; la structure de l&rsquo;huile. Un jour, j&rsquo;ai d&eacute;cid&eacute; d'acheter une peinture d'Igor Grabar. J&rsquo;ai v&eacute;rifi&eacute; et ce n&rsquo;&eacute;tait pas Grabar. Les experts pensent que l'auteur &eacute;tait l'un de ses meilleurs &eacute;l&egrave;ves. Il n'a pas sign&eacute;. La signature de Grabar a &eacute;t&eacute; imit&eacute;e plus tard par quelqu'un d'autre. Le travail est incroyable, on ne peut pas le distinguer de l'original. C&rsquo;est tr&egrave;s probablement la famille du c&eacute;l&egrave;bre peintre qui a demand&eacute; une copie. Puis ils ont pis&eacute; l'h&eacute;ritage et quelqu&rsquo;un l&rsquo;a obtenu.</p>
<p><strong>&ndash; Vous avez re&ccedil;u votre pr&eacute;nom en l'honneur de votre grand-p&egrave;re, un v&eacute;t&eacute;ran de la guerre. Parlait-il de la guerre ?</strong><br />
&ndash; Je ne l'ai jamais connu. Je vivais &agrave; Dniepropetrovsk, lui au Kazakhstan. Il est mort l&agrave;-bas quand j&rsquo;&eacute;tais tout petit. Mon grand-p&egrave;re avait de nombreuses m&eacute;dailles : l'Ordre de la Guerre patriotique de 2&egrave;me degr&eacute;, deux Ordres de la Gloire, la m&eacute;daille &quot;Pour le Courage&quot;. Il aurait d&ucirc; obtenir deux de ces m&eacute;dailles, mais il a perdu la deuxi&egrave;me &agrave; cause d'une erreur bureaucratique.</p>
<p><strong>&ndash; C&rsquo;est-&agrave;-dire?</strong><br />
&ndash; Il &eacute;tait artilleur dans une pision de mortiers. En septembre 1943, il a &eacute;t&eacute; nomin&eacute; pour une m&eacute;daille r&eacute;compensant la destruction d&rsquo;un d&eacute;p&ocirc;t de munitions nazi, une ordonnance a &eacute;t&eacute; sign&eacute;e par le commandant du r&eacute;giment. Mais le papier n&rsquo;a atteint l&rsquo;&eacute;tat-major qu&rsquo;en d&eacute;cembre. A ce moment-l&agrave;, mon grand-p&egrave;re se distingua &agrave; nouveau dans une bataille et obtint un second ordre d'attribution de la m&eacute;daille &quot;Pour le courage&quot;. Il a d&eacute;pass&eacute; le premier, et de fait l&rsquo;a remplac&eacute;. Le si&egrave;ge n&rsquo;a pas compris, et a d&eacute;cid&eacute; qu&rsquo;il s&rsquo;agissait du m&ecirc;me exploit. Donc, une seule m&eacute;daille. R&eacute;cemment, j&rsquo;ai appris cette histoire de ma s&oelig;ur. Elle a r&eacute;uni les documents et s&rsquo;est adress&eacute;e au minist&egrave;re de la D&eacute;fense, afin de r&eacute;tablir la justice</p>
<p><strong>&ndash; Il est certainement difficile de vous surprendre avec des cadeaux. Malgr&eacute; tout, quel est le plus rare que vous ayez re&ccedil;u ?</strong><br />
&ndash; J&rsquo;ai eu des cadeaux grandioses, mais je me suis excus&eacute; et j&rsquo;ai expliqu&eacute; que je ne pouvais pas les accepter.</p>
<p><strong>&ndash; Pourquoi ?</strong><br />
&ndash; Trop cher. Je ne m&rsquo;&eacute;tendrai pas sur les d&eacute;tails.</p>
<p><strong>&ndash; Vous voyagez beaucoup. Quelle est la petite ville qui vous a fait la meilleure impression ?</strong><br />
&ndash; Saint-Jean-Cap-Ferrat. Un endroit merveilleux dans le sud de la France, o&ugrave; l&rsquo;on voudrait retourner encore et encore.</p>
<p><strong>&ndash; Avez-vous achet&eacute; quelque chose sur place ?</strong><br />
&ndash; Un appartement. Selon les normes de Moscou, c&rsquo;est-&agrave;-dire modeste. Malheureusement, je n&rsquo;ai aucun moyen d'y aller plus souvent.</p>
<p><strong>&ndash; Mikha&iuml;l Prokhorov dit que jamais de sa vie il n'a envoy&eacute; de sms ou d&rsquo;e-mails. Le comprenez-vous?</strong><br />
&ndash; Tout &agrave; fait ! L&rsquo;informatique, ce n&rsquo;est pas mon truc. J&rsquo;ai un acc&egrave;s rapide &agrave; l'information. Si je re&ccedil;ois quelque chose d'important par e-mail, je le lis. Mais cr&eacute;er des comptes dans les r&eacute;seaux sociaux, je ne veux pas et je ne sais pas faire. J&rsquo;ai beaucoup d&rsquo;autres choses &agrave; faire.</p>
<p><strong>&ndash; Li&eacute;es aux transports ?</strong><br />
&ndash; Aux &eacute;checs. J&rsquo;ai r&eacute;ussi dans les affaires, je suis maintenant un actionnaire, et la gestion op&eacute;rationnelle a &eacute;t&eacute; confi&eacute;e aux managers de la soci&eacute;t&eacute;. Mais avec la FRE, nous avons des plans ambitieux. Il est n&eacute;cessaire de ressusciter la gloire nationale dans les &eacute;checs, de d&eacute;crocher des m&eacute;dailles, de former les enfants. Le pays est grand, et l&rsquo;on ne manque pas de missions.</p>
<p>Iouri Golchak, Alexandre Kroujkov</p>
<p>http://www.sport-express.ru/fridays/reviews/878339/</p>