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Une balade dans les business-clubs de Russie avec Alexandre Garese
09.02.2018

La rue Vozdvijenka. Par la fenêtre, on entrevoit le Kremlin et la tour Spasskaïa. C’est ici qu’est niché le club d’affaires privé Kelia, propriété d’Alexandre Garese, un Français vivant en Russie depuis plus de 25 ans.

Si le nom du club désigne une cellule monastique, les portes s’ouvrent sur un intérieur bien moins austère : des cabinets et des salles de réunion aux fauteuils confortables, un auditorium, plusieurs espaces de détente, un fumoir, un restaurant… Une bibliothèque, composée d’ouvrages sélectionnés par les experts du centre d’art contemporain « Garage ». Et un parfum d’ambiance unique, associant bois de santal, musc et quelques notes rafraîchissantes de citron.

Au XVIIIe siècle, les prêtres officiant dans les églises du Kremlin vivaient au monastère de la Sainte-Croix, rue Vozdvijenka.

Le maître des lieux nous raconte ce qui l’a poussé à créer son club et dévoile quelques-uns des secrets de son club. En toute discrétion.

– Je ne dirai que deux mots de l’histoire du club, car ce n’est pas le plus intéressant. Comme on dit, le passé, c’est le passé. Je suis arrivé à Moscou comme conseiller juridique, dans les années 1990. À l’époque, des fortunes immenses pouvaient se faire comme ça, du jour au lendemain. Aujourd’hui, le monde des affaires se situe à un niveau culturel bien différent. Par exemple, les hommes d’affaires et les dirigeants russes de nombreuses entreprises ont souvent fait leurs études en Occident, ne serait-ce qu’en suivant une formation en MBA. Chaque jour voit aussi l’arrivée à Moscou de cohortes d’étrangers qui ont perçu l’attractivité du marché local, et qui souhaitent faire de l’argent tout en optimisant les coûts. En d’autres termes, le nombre de clients potentiels, pour un club d’affaires, est gigantesque. C’est absolument évident ! D’ailleurs, je ne suis pas le seul à avoir pris conscience de ce besoin en clubs. Il suffit de taper « business-club Moscou » dans un moteur de recherche et de voir les résultats. Cependant, les établissements qui ont gardé une touche classique, occidentale, sont loin d’être les plus nombreux.

Votre site parle de 100 membres permanents. Ce chiffre est-il un objectif à atteindre, ou est-ce le nombre actuel de membres du club ?

– Ce chiffre de 100 représente le nombre maximal de membres que je souhaite pour le club, tel que je le conçois. Nous n’en sommes pas encore là, mais le nombre de membres augmente régulièrement. C’est tout ce que je peux vous révéler.

Qui sont vos membres actuels ? En comptez-vous parmi les 200 Russes listés par Forbes ? Et combien d’étrangers ?

– Est-ce que vous insinuez que la qualité d’un établissement dépend du nombre d’oligarques qui le fréquentent ? (Il rit.) Nous ne « catégorisons » pas les membres du club en fonction de leurs activités car, de nos jours, la réussite tient souvent à la présence dans différents secteurs. Prenez quelqu’un dont le cœur de métier est l’industrie, la métallurgie ; il y a de fortes chances pour qu’on le retrouve dans d’autres domaines, pour qu’il investisse aussi, disons, dans des salons de beauté, des restaurants ou des start-up. Pour en revenir à votre question : oui, nous comptons des hommes d’affaires et des industriels de premier plan, et qui figurent même dans les 200 cités par Forbes. Mais en dehors de ces industriels qui vous intéressent tant, notre club accueille aussi des psychologues, des scientifiques, des hauts-fonctionnaires… Ils y côtoient des capitaines d’industrie et des cadres supérieurs.

J’insiste sur un point important : Kelia n’est pas un club spécialisé, comme le seraient un club de psychologues, un club d’entrepreneurs ou un club de juristes. C’est précisément ce qui nous différencie de nombreux business-clubs de Russie : nous restons un club à l’occidentale, avec une approche et des services traditionnels, auxquels nous associons cordialité et convivialité à la russe.

Nos membres sont majoritairement russes, mais nous avons aussi des étrangers. Ce sont pourtant ces derniers, il me semble, qui devraient être les plus demandeurs. D’abord, parce que la culture des clubs d’affaires leur est plus familière. Ensuite, c’est réconfortant, lorsqu’on est en déplacement, d’avoir un lieu où on est connu, où on parle plusieurs langues, et où le personnel est aux petits soins. Et puis, un étranger qui veut investir en Russie n’a pas forcément besoin de locaux ; mais il lui faut bien un endroit où mener des négociations confidentielles. N’oublions pas non plus ces russophones qui vivent aujourd’hui à Singapour ou à Londres, et qui profitent régulièrement des services du club. Ce ne sont pas des étrangers, plutôt des cosmopolites.

Votre expérience professionnelle vous vaut sans doute une certaine proximité et des relations étroites avec des hommes d’affaires russes. Est-ce un atout ? Ces contacts personnels sont-ils aujourd’hui membres du club ?

– Naturellement, certaines personnes ont rejoint le club sur ma recommandation personnelle. Par exemple, Dobrovinski, un avocat que je connais depuis longtemps. Quant aux autres, c’est confidentiel…

Revenons aux autres business-clubs de Moscou. Existe-t-il une concurrence entre vous ?

– Harvard Club of Russia, Cambridge Alumni, Сколково, YPO, les Atlantes, nous collaborons tous ensemble ! Il n’y a là aucune contradiction. Ils organisent des événements intéressants, avec des participants de premier plan, et ils apprécient la qualité de nos installations et de nos membres. D’ailleurs, les dirigeants de ces clubs fréquentent eux-mêmes chez nous.

La situation est très mouvante en Russie, actuellement. On voit beaucoup d’expérimentations, on s’adapte, on apprend de ses erreurs. La plupart des tentatives restent très restreintes à des centres d’intérêt particuliers. Ou alors, ce sont des oligarques qui transforment leur cercle d’amis en club. Mais dans ce genre d’entre-soi, ça se passe comme ça : au début tout le monde vient, et puis, peu à peu, au gré des affaires et des partenariats qui se nouent et se dénouent, le groupe se désagrège… Au contraire, nous avons créé Kelia pour que des gens de tous horizons partagent leurs expériences, s’inspirent les uns les autres. C’est très stimulant. Certains membres se sont rendu compte que les rendez-vous au bureau ou au restaurant n’étaient pas l’idéal, et qu’ils préféraient un endroit calme et discret, où on connaît leurs préférences, où ils ne se sentent obligés de rien, même pas de parler affaires ! Il y a peu de clubs pour ce type de clientèle, à Moscou.

La confidentialité est un avantage des clubs. On raconte que les négociations menées au restaurant échouent parfois, parce qu’on n’est jamais certain de ne pas être épié… Est-ce vrai ?

– J’ajouterai que certaines entreprises recommandent à leurs collaborateurs de ne pas parler travail à la pause-cigarette ou dans l’ascenseur. Ce sujet me tient particulièrement à cœur. Chez nous, il est toujours possible de trouver un endroit pour discuter d’un contrat ou d’autre chose en toute discrétion. Une confidentialité garantie par le fait que le personnel en contact avec les membres est généralement réduit à trois personnes. Tout ce qui concerne nos hôtes est confidentiel.

Êtes-vous fier de votre restaurant ?

– Sans aucun doute, oui. Et pas seulement de la cuisine de notre chef, mais de notre approche individualisée de chaque client.

Personnellement, je n’ai pas de plat préféré. Je goûte tout ! Ce n’est pas que, en tant que propriétaire, je veuille m’assurer de la qualité des plats servis ; simplement, tout me plaît, et je trouve passionnant de découvrir de nouvelles créations.

La carte change tous les trois mois. Le chef l’adapte en fonction des saisons et des produits disponibles localement. Cependant, contrairement à un restaurant habituel, nous recevons presque tous les jours les mêmes clients, et nous ne pouvons pas nous contenter de la carte, même changée régulièrement. Notre chef fait donc quotidiennement son marché (Dorogomilovski ou Oussatchevski), il sélectionne les produits qui l’inspirent pour son plat du jour. Même moi, je ne sais pas le matin ce qui sera servi à midi.

Bien sûr, notre approche individualisée de nos membres nous oblige à proposer certains plats tout au long de l’année. Nous avons ainsi un client qui commande la même chose tous les matins. Nous devons nous tenir prêts !

Dernière question : combien coûte l’adhésion au club ? Le site ne mentionne pas de prix...

La carte d’or s’éleve à 320 000 roubles par an, soit 27 000 par mois. On est loin du million! Si nous avions voulu attirer la clientèle la plus riche, des gens qui dépensent sans compter, nous nous serions contentés d’élever le prix de la cotisation. Mais nous cherchons à réunir des membres d’horizons différents, et nous sommes fiers d’accueillir des gens cultivés, intelligents, qui s’épanouissent dans leur domaine d’activité. Nous comptons même des scientifiques parmi nos membres. Nos hôtes sont tous des gens modernes, ouverts, aux idées progressistes.

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