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L’agenda ESG rapproche la France et la Russie
01.11.2021

Le 26 octobre, la Chambre de commerce et d'industrie franco-russe (CCI France Russie), NorNickel et le Conseil national de gouvernance d'entreprise, avec le soutien de l'Ambassade de France en Russie, ont tenu une conférence conjointe sur l'ESG. Régulateurs français et russes, institutions financières et groupes industrieles ont échangé sur les perspectives et les enjeux de la nouvelle réalité ESG.

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L'agenda ESG - Environmental, Social & Corporate Governance (critères  Environnementaux , Sociaux et de  Gouvernance) - est fermement ancré dans l'économie mondiale, plaçant au premier plan la suppression des inégalités et l'utilisation efficace des ressources naturelles. Le respect des critères ESG permet aux entreprises vertes d'accéder aux investissements internationaux. Dans le même temps, les entreprises qui ne respectent pas les principes ESG ont de plus en plus de difficultés à accéder aux financements. Cette tendance continue à se développer dans le monde, et la Russie ne fait pas exception.

Selon Emmanuel Quidet, président de CCI France Russie et associé chez EY, « Les investisseurs vont bientôt juger les entreprises davantage sur les critères ESG que sur leurs états financiers ».

D'après Elena Kouritsyna, directrice du département des relations avec les entreprises de la Banque de Russie, et Ksenia Youdaeva, Première vice-présidente de la Banque centrale de la Fédération de Russie, membre du conseil d'administration, l'un des principaux régulateurs ESG du pays, tôt ou tard, la réglementation ESG sera obligatoire en Russie. Toutefois, une norme mondiale unique doit être créée au préalable. L'experte a souligné qu'il existe aujourd'hui plus de 60 normes ESG globales dans le monde.

Dans son intervention, Pierre Lévy, Ambassadeur de France en Russie, a déclaré que l'Union européenne et en son sein, la France, travaillaient déjà sur une stratégie globale de financement durable, comprenant la création d'une taxonomie mondiale des activités durables. M. Lévy a salué la structuration du système de financement durable russe, en particulier le récent décret sur la taxonomie de l'activité verte et de la transition. Tout cela, selon l'ambassadeur, accélère la convergence des cadres réglementaires des deux pays.

L'importance du dialogue entre la France et la Russie a également été soulignée par Andreï Bougrov, membre du Conseil d'experts du ministère du Développement économique pour le Développement durable et Vice-président senior de NorNickel, qui a souligné que la France est à juste titre considérée comme l'un des leaders du développement durable et que l'échange d'expériences entre nos deux pays est indispensable.

« Alors que la plupart des entreprises en France ont déjà intégré l'ESG dans leur stratégie de développement, pour de nombreuses entreprises russes, ce domaine reste une terra incognita », explique Elena Kouritsyna.

Dans le même temps, le marché des obligations ESG dans le monde s'élève à 2 100 Md USD. Selon les prévisions de Denis Choulakov, premier vice-président de Gazprombank, il sera 13 fois plus important dans les années à venir. Il est important que la Russie soit un participant notable de ce marché.

Selon Maksim Titov, Directeur exécutif du centre de recherches de la politique énergétique et des relations internationales de l'Université européenne  de Saint-Pétersbourg, les entreprises russes comprennent l'importance de l'ESG lorsqu'elles rencontrent des problèmes de coopération avec des investisseurs, clients ou fournisseurs internationaux. Pour éviter ces situations, la Banque de Russie et la Bourse de Moscou ont engagé un dialogue sur l'inclusion dans les règles de cotation de l'obligation de divulgation par les entreprises d'informations non financières.

Revenant sur la question d'une norme ESG unifiée, Ilya Polyakov, membre du Conseil d'experts du ministère du Développement économique de la Fédération de Russie pour le développement durable et président du conseil d'administration de Rosbank, a noté que l'absence d'une telle norme conduit souvent à une classification frauduleuse des projets en tant que « verts » et « sociaux » : il s'agit alors de greenwashing et le socialwashing. Pour compléter son point de vue, Olga Odintsova, conseillère chez CMS RUSSIA, a mis en exergue le populisme autour de la thématique ESG. Le Cherry picking, c'est-à-dire le fait de ne mentionner que les faits qui mettent en valeur l'entreprise, entrave la mise en œuvre rationnelle des principes du développement durable. L'adoption d'une norme ESG unique devrait mettre fin à de tels abus.

Dans le même temps, il convient de garder à l'esprit que dans certaines industries l'approche zéro déchet est encore inaccessible, notamment, dans le secteur des hydrocarbures et la métallurgie. Andreï Baïda, Vice-Président pour le développement durable de l'Unité Risques de VEB.RF, a proposé de soutenir les entreprises de ces secteurs :

« Le but des nouveaux instruments financiers, que l'on peut appeler les finances de transit, est de permettre aux entreprises qui ont du mal à éviter les émissions de prendre la voie de la neutralité et de réduire considérablement les émissions (...). Nous pensons qu'il est essentiel de maintenir l'accès au financement pour la transition carbone pour les entreprises des secteurs complexes. Il y en a beaucoup en Russie ».

Une normalisation internationale des classements ESG est également indispensable, ceux-ci n'étant pas harmonisés. Néanmoins, selon Svetlana Ivtchenko, directrice du Département du développement durable de NorNickel, les classements internationaux et russes existants aident déjà les entreprises à évaluer leur position en matière d'ESG, à la mettre en rapport avec le marché et à trouver les zones d'amélioration. Les classements fournissent une méthodologie complète d'analyse et augmentent la confiance des investisseurs, selon Maxim Bouniakine, Associé directeur de Branan Legal, qui a reflété leur rôle dans la feuille de route pour la mise en œuvre et le développement des pratiques ESG.

Concernant les initiatives ESG des entreprises industrielles, Andreï Bougrov a évoqué l'expérience de NorNickel. L'entreprise vise avant tout à réduire ses émissions de dioxyde de soufre de 90 % d'ici 2025 par rapport à 2015. Bien que NorNickel ait l'une des empreintes carbone les plus faibles de l'industrie métallurgique et minière, l'entreprise travaille activement sur l'efficacité énergétique de ses actifs, ce qui lui a permis de réduire davantage ses émissions de CO2 et de produire cet été son premier lot de nickel neutre en carbone. Evoquant la composante « S », Andreï Bougrov a souligné que dans le cadre de sa mission sociale, l'entreprise a alloué plus de 230 Md RUB pour la rénovation à grande échelle de la ville de Norilsk.

Svetlana Ivtchenko a partagé son expérience de résolution des situations de crise : « L'année dernière, nous avons été confrontés à une situation où l'un des risques climatiques a été réalisé. L'un des facteurs à l'origine de l'accident est la fonte du pergélisol. L'avarie a été rapidement stoppée, les conséquences environnementales ont été éliminées et un important travail a été réalisé pour en tirer des conclusions. La réponse de l'entreprise est exposée dans le Livre blanc publié avec le rapport de développement durable émis après l'accident. »

L'initiative de l'entreprise pharmaceutique Boiron d'installer des conteneurs Pharma-Ecobox pour la collecte et le recyclage des médicaments périmés a suscité l'intérêt des participants à la conférence. Comme l'explique Irina Nikoulina, directrice générale de Boiron en Russie, en France, les médicaments périmés peuvent être retournés en pharmacie, alors qu'en Russie, où cette pratique n'existe pas, les médicaments se retrouvent dans les décharges, causant des dommages irréparables à la nature et aux humains. « Au lieu d'attendre des opportunités, il faut agir sur la base de l'expérience du secteur », a déclaré Irina Nikoulina, directrice générale de BOIRON.

L'échange de bonnes pratiques a été soutenu par Vitaly Bogatchenko, qui a dévoilé les détails de la mise en œuvre des objectifs ESG de LafargeHolcim, l'un des plus grands producteurs de ciment : « Nous utilisons les déchets d'autres industries comme matières premières et remplaçons les matériaux à forte intensité de carbone par ceux dont le CO2 a déjà été éliminé ».

Le domaine d'activité de certaines entreprises est à l'origine lié à des objectifs de développement durable. « Pour nous, l'efficacité énergétique était primordiale avant même l'émergence de l'ESG », a déclaré Armen Badalov, directeur général adjoint pour la stratégie, l'innovation, le développement régional et les relations extérieures de Schneider Electric en Russie et dans les pays de la CEI. L'entreprise s'efforce de diffuser les principes du développement durable sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement.

Malgré des initiatives “d'en bas” réussies, les représentants des entreprises ont souligné les manques de la réglementation ESG : normes de construction verte, taxonomie de la logistique verte et de la finance verte, position nationale sur la décarbonation.

Compte tenu de la volonté de la communauté internationale et des régulateurs locaux d'aller vers les entreprises, globalement, on peut s'attendre à un développement et à un renforcement à court terme de l'agenda ESG.

La Chambre de commerce et d'industrie franco-russe remercie les intervenants à la conférence. Participants à l'événement : Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, Banque de Russie, VEB.RF, la Bourse de Moscou, Gazprombank, Rosbank, NorNickel, Saint-Gobain, Boiron, Schneider Electric, LafargeHolcim, Centre de recherches de la politique énergétique et des relations internationales de l'Université européenne de Saint-Pétersbourg, IPSOS, ACRA, Expert RA, CMS RUSSIE, Branan Legal.

 

Contacts : Natalia Petrova, natalia.petrova@ccifr.ru, et Julie Krivykh, julie.krivykh@ccifr.ru.

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