La rencontre networking de la CCI France Russie et de la Chambre de Commerce Américaine en Russie (AmCham) a eu lieu à Moscou
Lire le communiqué
«Nous faisons moins grève que nos voisins, arrêtons le French bashing !»
17.12.2013

Le Conseil économique, social et environnemental reçoit mercredi 18 décembre la 8e édition des « Etats de la France », où PDG de grandes entreprises, politiques, responsables syndicaux et patronaux débattent cette année de l’attractivité de la France.

En tête d’affiche : Arnaud Montebourg (Redressement productif), Pierre Gattaz (Medef), Louis Gallois (commissaire à l’investissement), Jean-Claude Mailly (Force ouvrière) ou encore Philippe Lentschener (président de la mission gouvernementale « Marque France »). Le président directeur général de Siemens France Christophe de Maistre, qui ouvre cette journée de conférence, donne son point de vue au « Nouvel Observateur ».

En quoi êtes-vous bien placé pour parler de l’attractivité de la France ?

– Nous sommes présents en France depuis plus de 160 ans. Nos activités, essentiellement industrielles, implique 7.000 collaborateurs français sur 40 sites, dont 7 usines et 7 centres de recherches et développement de dimension mondiale. Nous croyons au « Made in France » : Siemens France achète pour 2 milliards d’euros de biens d’équipements produits par des entreprises françaises.

Notre principe est de fédérer localement un tissu d’entreprises partenaires de taille intermédiaire afin de créer des produits à forte valeur ajoutée. Nous pensons qu’en jouant en équipe nous pouvons gagner des parts de marché à l’international. Ce modèle nordique de développement basé sur l’innovation et la coopération, bénéficie directement à la balance commerciale française : sur 2,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires réalisé par Siemens France, 34% est généré à l’export essentiellement dans les transports et l’énergie.

Quels sont les atouts de la France ?

– C’est d’abord une culture industrielle très forte : des ingénieurs, des techniciens bien formés. C’est ensuite des infrastructures très bien organisées, au niveau des réseaux de communication, de recherche, de transport. La France a également une situation géographique très précieuse, au centre de l’Europe. Quand il s’agit par exemple de créer un réseau d’électricité européen, son territoire est incontournable pour relier l’Espagne ou l’Italie au reste du continent.

Enfin, un des principaux atouts de la France, c’est aujourd’hui sa démographie. A la différence de nombreux pays européens, elle croît, ce qui fournit une quantité de jeunes talents nécessaires à l’innovation.

Cette population a une grande diversité culturelle, en raison de l’ouverture de la France sur l’Afrique notamment, dont le marché croit en moyenne de 7%. Cette proximité culturelle – notamment au niveau de la langue – avec les pays du Sud et plus particulièrement du sud de l’Europe, est un avantage incroyable. Et à mon avis sous-exploité.

Quels sont les éléments qui décident le chef d’une grande entreprise à investir en France, et donc à y créer des emplois ?

– En matière industrielle, nous regardons des business plans qui s’étalent sur dix ou vingt ans. Et on compare les avantages des différents pays. L’industrie est fondée sur la capacité à capter l’innovation, nous observons donc évidemment l’environnement local : l’accès aux infrastructures, à l’innovation.

Nous regardons aussi l’ensemble des coûts mais pas uniquement les salaires et les cotisations sociales. Nous regardons l’ensemble des coûts, par exemple en matière d’immobilier, etc.

Il est important de bien comprendre que la France est un pays tourné vers l’innovation, qui n’est plus forcément adapté à l’assemblage de pièces fabriquées à l’étranger ou à la production de produits d’entrée de gamme. Elle doit monter en gamme ! Il y a là un vrai marché – et un fort potentiel de croissance – qui ne peut être capté par les pays émergents, car il implique de maîtriser un certain nombre de techniques de pointe. C’est là-dessus qu’il faut mettre l’accent.

La politique menée actuellement vous semble-t-elle favorable à la reprise de l’investissement ?

– Je note un certain nombre d’avancées en termes de simplifications. Il y a eu des accords dans le domaine social, comme celui sur la sécurisation de l’emploi en janvier dernier ou celui sur la formation professionnelle aujourd’hui. Tout ce qui fluidifie le processus social est très important pour une entreprise, car elles ont besoin de paramètres stables et de flexibilité, afin de pouvoir prévoir sur le long terme et de s’adapter aux changements d’environnement.

L’image de la France porte-t-elle préjudice à son économie ?

– Il y a un énorme décalage entre la perception qu’on en a à l’étranger, souvent véhiculée par des magazines anglo-saxons qui servent leurs propres intérêts, et la réalité. Je constate ce décalage régulièrement lorsque je me rends au siège de Siemens en Allemagne.

Il faut une communication plus percutante. Certains éléments sont mis en exergue par certains pays concurrents, et d’autres prennent un malin plaisir à casser ce qui est fait de positif. C’est le cas de la taxe à 75% qui, si elle n’est pas bien expliquée, donne l’impression d’être confiscatoire.

Nous avons désormais en France un nombre de jours de grève ou de blocage bien inférieurs à beaucoup de nos voisins européens. Arrêtons les clichés, arrêtons le « french bashing » !

Il est important d’attirer des capitaux  et des talents. Et nous ne pouvons y parvenir seul. Nous devons renforcer notre intégration continentale, notamment via nos partenariats avec l’Allemagne et l’Italie. Il faut aussi simplifier la fiscalité. Il y a une grande différence entre les taux affichés et les taux réellement payés par les entreprises grâce à tous les mécanismes légaux d’optimisation fiscale.

Siemens investit en France en ce moment ?

– Oui. Par exemple, en Alsace, nous avons relocalisé sur notre site alsacien d’Haguenau une activité de recherche et développement jusqu’ici implantée au Royaume-Uni, ce qui représente 10 millions d’euros d’investissement. C’est une croissance non seulement en nombre de salariés, mais aussi en qualification. En parallèle, les parties de la chaîne de production qui ont une faible valeur ajoutée sont transférées en Chine. Ainsi nous préservons notre avantage compétitif. C’est un modèle tout à fait vertueux.

Le crédit d’impôt compétitivité emploi était censé répondre au rapport de Louis Gallois plaidant pour le développement de la part de l’industrie dans l’économie française. Mais il cible en grande partie les entreprises de service, notamment celles non soumises à la concurrence. Pensez-vous qu’il faut revoir son périmètre ?

– Le CICE est une initiative positive, il faut donc la saluer. Il touche l’industrie au niveau des « cols bleus », les plus bas salaires. C’est vrai qu’il ne concerne pas les salaires allant jusqu’à 3,5 fois le smic comme l’évoquait Louis Gallois. C’est un premier jet, et il y aura des points d’étape. Je partage tout à fait l’idée qu’il faut renforcer l’emprunte industrielle en France en redonnant un avantage compétitif à ses entreprises.  Louis Gallois est toujours aux manettes. Je pense qu’un ajustement pourra être fait s’il est jugé nécessaire.

Quelle est la priorité pour renforcer l’attractivité de la France ?

– Il faut investir sur les talents, sur l’éducation, sur la formation pour mettre en marche la quatrième révolution industrielle, celle qui consiste à développer des outils de simulation ultra-performants pour l’industrie. La France est très bien implantée dans ce domaine. J’étais récemment en Algérie, les entreprises technologiques n’attendent que cela. En créant des prototypes virtuels, qui évitent de développer des prototypes réels, on réduit  considérablement la phase de conception des produits. et on donne un avantage compétitif essentiel à notre économie.

Propos recueillis mardi 17 décembre par Donald Hebert –

Article tiré du Nouvel Observateur

Autorisation
*
*
Réinitialiser votre mot de passe